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Précarité

Précarité, un terme au contour flou

Le dictionnaire donne du mot précaire la définition suivante : « dont on ne peut garantir la durée, la solidité, la stabilité ; qui, à chaque instant, peut être remis en cause. ». Quant au terme de précarité proprement dit, il s’est largement diffusé depuis les années 1980 dans le discours politique et institutionnel, désignant selon le contexte et les enjeux défendus des situations parfois éloignées les unes des autres comme la pauvreté, la déviance, la marginalité, le sous développement, la misère, etc.
Cette notion très englobante est de fait très difficile à définir. Tout d’abord liée au domaine familial et permettant de mettre en évidence une pauvreté latente, elle s’est étendue au domaine de l’emploi et du travail au point d’y être aujourd’hui intimement liée. Elle s’appuie aujourd’hui sur l’idée de mutations profondes de la société, de déstabilisation du salariat et de flexibilité demandée par la nouvelle dynamique du marché du travail (Bresson 2010). Plus qu’à la notion de manque, la précarité renvoie à la notion d’incertitude, d’incapacité à anticiper l’avenir et le devenir des systèmes productifs (Billiard, et al., 2000). La précarité peut être vue comme un certain rapport à l’avenir, caractérisé par le risque, lui-même combinaison de formes d’instabilité et de fragilité (Jouffe, 2007). Elle se rapporte à une situation, un état, ou des ressources et désigne la possibilité d’un processus de paupérisation. Elle met ainsi l’accent sur un ensemble de facteurs susceptibles d’amener une personne vers la pauvreté. Dans cette situation, l’absence de projet autonome peut être une cause de précarité, lorsque l’inertie ne permet pas de faire évoluer la situation, mais aussi une conséquence, lorsque les possibilités d’action autonome n’existent plus (Jouffe, 2007).

Comment la précarité est-elle caractérisée, comment peut-on en parler ?

La précarité est diversement caractérisée par les instances qui en parlent. Elle peut être sociale, professionnelle, liée au revenu, etc.
Dans les statistiques publiques, la précarité caractérise l’ensemble des personnes d’un ménage destinataire d’un minima social (la MSA définira par exemple la précarité en référence au RSA -Revenu de Solidarité Active-), ou les ménages dont les revenus se situent en dessous du seuil de pauvreté (ce qui intègre les travailleurs pauvres). Dans le travail, elle fera référence au salariat, englobant l’ensemble des chômeurs ou des travailleurs hors CDI. Cependant la précarité n’est pas seulement économique. Sa dimension sociale est importante et participe à l’intégration professionnelle des individus. Pour le sociologue Serge Paugam, deux piliers définissent cette intégration : le rapport à l’emploi et le rapport au travail. Le rapport à l’emploi fait référence à la possibilité de couvrir ses besoins matériels par l’activité exercée tout en ayant accès à une protection sociale à long terme, rendant ainsi possible une projection dans l’avenir. Le rapport au travail quant à lui renvoie à la satisfaction que la personne retire de la rémunération de son travail, à la qualité des relations tissées dans la sphère professionnelle et à la reconnaissance qui en découle, ainsi qu’à l’épanouissement et à l’affirmation de soi engendrés par la réalisation de ce travail. Une intégration professionnelle satisfaisante dépend donc d’une combinaison de trois dimensions : une dimension économique, une dimension « faber » ou plaisir du faire, et une dimension sociologique, celle de la relation et de la place sociale. Ce sont les discordances ou déséquilibres observés dans ces différentes sphères qui sont sources de précarité professionnelle (Paugam, 2000). Pour l’individu, cette précarité se traduit donc non seulement par une forte vulnérabilité économique, mais aussi par une restriction, au moins potentielle, de ses droits sociaux.

Caractéristiques de la précarité de l’emploi :

  • Instabilité, incertitude (impossibilité de se projeter dans l’avenir).
  • Manque de protection sociale (sécurité sociale, retraite, etc.).
  • Vulnérabilité économique (besoins matériels non couverts et non stabilisés dans l’avenir).

Caractéristiques de la précarité du travail :

  • Absence d’intégration dans la communauté professionnelle.
  • Manque de reconnaissance salariale.
  • Non satisfaction par rapport au poste occupé, par rapport à la réalisation de l’activité.

Hélène Tallon, scop ARIAC-UMR Innovation

Références bibliographiques

Billiard I., Debordeaux D. & Lurol M., sous la direction de,, 2000. Vivre la précarité, trajectoires et projets de vie. La Tour d’Aigues : éd. de l’Aube. 287 p. 19

Bresson M., 2011. La précarité : une catégorie d’analyse pertinente des enjeux de la norme d’emploi et des situations sociales « d’entre-deux » in SociologieS [En ligne], mis en ligne le 11 avril 2011.

Jouffe Y., 2007. Précaires mais mobiles. Tactiques de mobilité des travailleurs précaires flexibles et nouveaux services de mobilité. Thèse de doctorat de sociologie. Marne la Vallée : École Nationale des Ponts et Chaussées. 736 p.

Paugam S., 2000. Le salarié de la précarité. Les nouvelles formes de l’intégration professionnelle. Paris : PUF. 437 p.

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