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Accompagnement

Accompagner : se joindre à quelqu’un, pour aller où il va, en même temps que lui


Une posture dans un processus d’apprentissage

L’accompagnement se développe dans une société en crise. Il est un signe des temps, un signe de mutation de notre civilisation occidentale. Dans ces horizons devenus incertains, l’individu se questionne sur son avenir et sur les socles de ses certitudes. Le contour de ce qui était crédible se redessine. L’accompagnement s’applique ainsi à trois situations types : les situations extrêmes (désespoir, fin de vie), les situations de crise ou de rupture où l’on ne sait plus quoi penser ou croire, et les situations existentielles de développement (Boutinet, 2003). Dans le domaine du travail, il concerne plus particulièrement les situations d’insertion ou de réinsertion dans un environnement social et professionnel, ou toute évolution éprouvante de la vie professionnelle. L’accompagnement peut ainsi être défini comme une « démarche visant à aider une personne à cheminer, à se construire, à atteindre ses buts » (Beauvais, 2004).
D’un point de vue pratique, cette posture permet de co-construire les problèmes avec les acteurs : « l’accompagnement consiste à se placer aux côtés de celui qui fait l’expérience de situations fortement déstabilisantes, afin de saisir sur le vif les problèmes tels qu’ils se posent pour celui qui les vit. Et à élaborer avec ce dernier des solutions ad hoc dont les principes qui les sous tendent sont rarement valables au-delà du cadre strict des personnes qui les ont définies. » (Giuliani, 2008)

La démarche d’accompagnement implique un ensemble de comportements et de conduites, étayé par les savoirs théoriques et pratiques de l’accompagnateur, qui est tour à tour ou à la fois guide, conseiller, assistant, protecteur, etc. Ces attitudes portent une ré-interrogation des opinions, des croyances, des représentations, des attitudes qui sous-tendent les systèmes de valeurs des uns et des autres. L’accompagnement est ainsi une position d’engagement dans la relation, impliquant pour l’accompagnateur de « penser à l’envers », c’est-à-dire penser à partir de l’autre. Processus d’apprentissage, il permet de caractériser le mouvement de l’accompagné dans la situation problématique.

L’espace professionnel de l’accompagnement constitue ainsi une nébuleuse, constituée de familles de pratiques qui se singularisent en en fonction du rapport à la relation, à l’action et à l’expérience. Concevoir l’accompagnement dans sa diversité permet de créer un espace de résonance de ces pratiques, articulé autour de quatre pôles en tensions : les pôles de l’action et de la réflexion, entre action concrète et recul sur son projet d’un côté, et les pôles du sens et des choix techniques de l’autre, concourant garder son sens à un projet, tout en s’assurant de sa faisabilité technique. Tout l’art de l’accompagnateur consiste à créer mettre en mouvement ces pôles, pour permettre le cheminement de l’accompagné dans son projet.

L’accompagnement, trois fonctions et quatre principes

L’accompagnement répond à trois fonctions essentielles :

  • accueillir et écouter ;
  • participer avec la personne accompagnée au dévoilement du sens de ce qu’il vit et cherche ;
  • cheminer à ses côtés pour le confirmer dans le « nouveau sens où il s’engage » (Le Bouëdec, 2001).

Pour cela il s’appuie sur quatre principes structurants :

  1. Accompagnés et accompagnateurs sont indépendants et autonomes. L’implication dans le processus d’accompagnement ne peut exister que s’il existe un accord et un engagement des deux partenaires, ce qui implique d’être clair sur les objectifs et les finalités de l’accompagnement.
  2. Le cadre d’intervention est souple et unique. Ses principes et limites ne sont valables que dans le contexte où ils ont été définis : l’interaction entre l’accompagnant et l’accompagné reste unique.
  3. La relation est interactive et bienveillante : elle se préoccupe de ce qui préoccupe l’autre. Les principes éthiques et la philosophie de la relation sont basés sur la réciprocité entre partenaires et le respect de l’altérité, qui préserve « l’énigme de l’autre ».
  4. La relation est personnelle et confidentielle.

En résumé, l’accompagnement :

  • n’interroge pas le seul projet, mais aussi le porteur de projet ;
  • porte des singularités :
    • des solutions au cas par cas : (« bricolage » et « souplesse d’action »)
    • une interaction unique entre accompagnant et accompagné
    • une reconnaissance de l’accompagné dans sa singularité (histoire, compétences, projet, motivations, etc.) ;
  • suppose des outils spécifiques ;
  • n’est ni prescriptif, ni normatif ;
  • implique un rapport au tiers « institution », qui oblige à interroger à la fois le projet de société visé (et donc qui en sera l’objet) et les représentations que l’on se fait de l’autre et de soi.

Hélène Tallon, scop ARIAC-UMR Innovation

Références bibliographiques

Beauvais M., 2004. Des principes éthiques pour une philosophie de l’accompagnement in Savoirs, (n°6):99-109.

Boutinet J.-P., 2003. Les pratiques d’accompagnement individuel, entre symbole et symptôme in Carriérologie, 9(1):67-78.

Giuliani F., 2008. Le « chuchotement » de la relation d’accompagnement. La gestion confinée des désordres du social in La Voix des acteurs faibles. De l’indignité à la reconnaissance. Rennes : Presses Universitaires de Rennes. pp. 195-214.

Le Bouëdec G., Du Crest A., Pasquier L. & Stahl R., 2001. L’accompagnement en éducation et formation. Un projet impossible ? Paris : L’Harmattan. 208 p.

Paul Maela, 2009. L’accompagnement dans le champ professionnel in Savoirs, 2(20):13-63.

Vial M. & Caparros-Mencacci N., 2007. L’accompagnement professionnel ? Méthode à l’usage des praticiens exerçant une fonction éducative. Bruxelles : De Boeck. Pédagogie en développement. 336 p.

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